D'Oriza Hirata - Traduction de Rose-Marie Makino-Fayolle

 


©Charlotte Sampermans



Du 12 au 23 février 2008 au Théâtre Les Tanneurs (Bruxelles) www.lestanneurs.be

Le Texte

 

La salle des “pas perdus” d’un musée d’art moderne à Tokyo. Vingt personnages, ayant ou pas, et plus ou moins, des rapports les uns avec les autres, vont “ passer ” devant nous et échanger divers propos sur toutes sortes de sujets, pendant qu’en Europe, sévit une très violente et très destructrice guerre civile. Une pièce en forme de portrait paisible d’une certaine humanité, sur fond de violence éloignée et assourdie.

Il y a dans Tokyo Notes deux référents artistiques, profondément présents, mais à des niveaux et à des endroits différents. Ces référents sont comme un soubassement et pour ainsi dire comme une “ grille de lecture ” de cette pièce, dont l’apparente simplicité d’écriture cache, à l’image d’un Tchékhov, une construction aussi solide, ludique que complexe.

Jan Vermeer d’abord, fameux peintre hollandais, est cité quasiment à toutes les pages et Ozu ensuite, non moins célèbre cinéaste japonais, dont le film “ Voyage à Tokyo ” a servi de base à l’argument de Tokyo Notes. Pour Vermeer, c’est toute sa peinture qui est comme convoquée au cœur même de la pièce. Pour Ozu, c’est une présence, subtile et inspirante, qui irrigue toute la pièce.

Si l’on tente de définir le point commun entre ces trois artistes, Vermeer, Ozu et Hirata, cela pourrait être la tentative de représenter le monde tel qu’il est, c’est-à-dire “ objectivement ”. Mais de le faire pour en interroger tout à la fois sa matérialité et son immatérialité, sa matière et sa transcendance. Cela passe chez chacun de ces trois artistes par une “ reconstruction ” aussi humble que méticuleuse d’un “ réel ” qui, de par cette reconstruction même, semble s’abstraire, presque s’évider de lui-même et, par là, laisser apparaître une certaine “ vérité ”, celle d’un monde “ habité ”, si ce n’est forcément par Dieu, au moins par de l’esprit.


Avec Hirata, comme chez Ozu et j’oserais presque dire comme chez Vermeer, beaucoup de choses se disent entre les mots. On sait que dans la culture japonaise, on ne dit pas ce que l’on pense, mais on le fait comprendre. Les personnages d’Hirata parlent de “ rien ”, parce que tous les grands sujets, s’ils sont présents, le sont en retrait, comme évidés. Car chez Hirata comme chez Ozu, c’est par petites touches, en mosaïques, que les choses se racontent, et paradoxalement, se ressentent, se vivent, se comprennent et, contrairement aux apparences, se racontent profondément, extrêmement, “ vivement ”.

 

 

L'auteur


www.seinendan.org

Curieusement, il aura fallu la coupe du monde de football pour qu’Oriza Hirata soit traduit et même créé en France et en français en 1998 ! En effet, le Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis, dirigé à l’époque par Stanislas Nordey, avait eu la curieuse mais belle idée de sélectionner un texte de théâtre venant de chaque pays qualifié pour cette coupe du monde dont, fort heureusement, faisait partie le Japon.

Pourtant, Hirata est un auteur et un metteur en scène qui compte au Japon. Auteur à ce jour de plus d’une quarantaine de pièces, metteur en scène de ses propres textes, directeur d’un lieu, ses textes sont créés dans de très nombreux pays à travers le monde.
Comme il le dit lui-même, s’il est représentatif de ce théâtre contemporain, c’est dans la mesure où, comme une partie importante de la culture japonaise d’aujourd’hui, son théâtre doit très peu à la tradition japonaise et quasiment tout à l’influence débordante de l’art occidental en général et européen en particulier.

Quand on lui demande ce qu’il pense du qualificatif de " tchékhovien " souvent attribué à son théâtre, Hirata répond que " comme tous les auteurs de théâtre contemporain dans le monde ", il écrit " forcément sous l’influence de Tchékhov ". Mais, comme tous les Japonais, il lui semble aussi que, " même chez Tchékhov, on parle trop". Car si la rupture entre tradition et modernité est bien effective, la tentative de " reconnection " obsède un nombre important d’artistes de théâtre en général et Hirata en particulier. Donc, si aujourd’hui, d’une manière générale, le théâtre japonais contemporain parle avec un fort accent américain, l’ambition d’un artiste comme Hirata est justement de lui rendre si ce n’est son accent, au moins sa langue. C’est donc sur la parole et sur la langue justement qu’Hirata travaille et c’est la raison pour laquelle il me " parle ".

En tentant de " retrouver ", à l’intérieur de ce théâtre contemporain si « occidentalisé », la manière de parler des japonais, la manière dont ils « échangent », il pose une question hautement universelle: de quelle manière les propos, les idées, les affects s’échangent entre les hommes? En un mot, comment ça “ se parle ” ?

Car tel est sans doute le paradoxe fondamental qui fait d’Hirata cet auteur passionnant. Né en 1962, il est un enfant de l’après-guerre, né dans le monde déjà figé et perpétuellement inquiet de la guerre froide et de la menace nucléaire. Si son âme est à l’évidence japonaise, son masque est américain et occidental. Plus loin que cette question d’influence de la culture occidentale sur la culture japonaise du début du XXe siècle, il représente, il incarne surtout ce Japon séparé de son passé, donc forcément à sa recherche, tout autant de forme que de sens.

©Charlotte Sampermans


Distribution :

 
Katell Borvon            Yumi Akiyama, fille aînée
Alice Hubball             Yoshie Akiyama, sa belle-soeur, épouse de Yuji Akiyama
Cédric Cerbara          Yuji Akiyama, 2e fils
Pierre Dherte            Shinya Akiyama, fils aîné
Alexia Depicker         Tokiko Akiyama, son épouse
Céline Peret              Ikue Akiyama, 2e fille
Alexandre Dewez      Shigeo Akiyama, 3e fils
Lazare Gousseau       Kinoshita
Cécile Leburton         Nosaka, son épouse
Marie Meunier           Wakita, étudiante
Julie Leyder              Mizukami, étudiante
Hélène Couvert         Hirayama, commissaire de l’exposition
Lula Béry                  Mitsuhashi, donatrice
Cédric Le Goulven      Saito, ami de Mitsuhashi
Jo Deseure                Ono, avocate
Jean-Michel Vovk        Kushimoto, curateur
Gaël Maleux               Hashizume, agriculteur
Alice De Visscher        Teranishi, sa fiancée
Francesco Italiano      Ishida, pilote
Ariane Rousseau        Suda, son amie

Mise en scène : Xavier Lukomski
Assistante à la mise en scène : Isabelle Rey

Scénographie : Christine Flasschoen
Lumière : Xavier Lauwers, Frédéric Gossiaux
Photo jardin : Paul Maurer
Son : Marc Doutrepont - Régie son : Kasper Dumon
Conseil costumes et habilleuse : Fabienne Damiean
Production : Michèle Hubinon/Théâtre des 2 Eaux

Une coproduction du Théâtre des 2 Eaux, du Théâtre Les Tanneurs,  avec l'aide du Centre des Arts Scéniques, de la Communauté française Wallonie Bruxelles et de la Loterie Nationale.

 

 


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